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Une Province tout feu tout flamme : Mathieu Gosselin au Jamais lu

Rachel Gamache
1 mai 2011

Mathieu Gosselin n’a pas volé sa quatrième présence au Festival du Jamais lu. Pour sa Levée de rideau, l’auteur nous a d’abord « liché les yeux », question qu’on puisse mieux voir et entendre sa Province encore en chantier qui faisait l’affiche du Festival hier soir.

La belle langue un peu brute et naïve de Mathieu Gosselin nous a transportés hier dans une Province menacée par le feu et une révolte animale (!), où trois frères s’inquiétaient de la disparition présumée de leur Maman à travers un trou dans une tapisserie qui donne envie de vomir. Celle-là se trouvait en plein péché sensoriel, dégustant les fruits défendus avec le cousin Beau, tellement épris par sa tante que sa peau en devenait gold, tandis que Carole Koache, femme seule et obèse cherchait désespérément l’amour et que Ti-caille, homme-enfant en costume de loup en voulait à tout ce qui était vivant. Ailleurs, dans leur salon de beauté-bunker, trois pitounes, formant un choeur à la grecque revu et corrigé par la déesse du spray net, prophétisaient et racontaient cette province, théâtre d’une genèse en forme de fin du monde.

S’il est vrai que le texte « terrain de jeu » de Mathieu Gosselin ouvre beaucoup de pistes – l’auteur a confessé en avoir fermé quelques-unes durant la semaine précédant l’événement, nous offrant, de ce fait, une version 1.5 de sa pièce –, il semble malgré tout qu’il ne soit pas si loin de trouver l’ordre après le « pas d’allure! ». C’est donc au processus d’unification de ce grand territoire où se côtoyaient les mythes anciens et modernes, et où se transforment et se définissent encore les frontières entre l’artifice et l’authentique que nous avons eu le privilège d’assister hier soir. Le Festival du jamais lu donne effectivement cette chance exceptionnelle d’entrer en contact avec des textes de théâtre « inachevés » certes, mais bien vivants, même en chantier, même sans tout l’attirail de la mise en scène et l’appui d’une équipe de production.

Pour la première fois depuis la fondation de la compagnie, les dix comédiens du Théâtre de la banquette arrière, collectif de création formé par Amélie Bonenfant, Sophie Cadieux, Sébastien Dodge, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin lui-même, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau, se sont retrouvés sur scène pour interpréter cette mise en lecture orchestrée par Benoît Vermulen. La performance, sans costume ni décor, avec rien que – c’est déjà beaucoup – la couleur des voix et la richesse des simagrées des comédiens avait de quoi impressionner les inconditionnels de la mise en scène conventionnelle.

Les trois pitounes (Anne-Marie Levasseur, Rose-Maïté Erkoreka et Amélie Bonenfant)

Les trois frères (Renaud Lacelle-Bourdon, Sébastien Dodge et Simon Rousseau)

Au premier plan, le Beau Mathieu Gosselin et sa belle Maman au second, interprétée par Lise Martin

Vous excuserez (ou pas) mon enthousiasme à l’endroit du Jamais lu, mais je me sens de plus en plus privilégiée d’avoir ainsi accès aux coulisses de la création théâtrale par la voie de la lecture publique qui est, il faut bien se l’avouer, un spectacle en soi. Il y a eu ovation debout et moult bravos dans mon petit théâtre intérieur.

S’il vous tarde de vous sentir aussi privilégié que je le suis, le Jamais lu se commet dans un autre langue à langue ce soir avec les textes Déluge, d’Anne-Marie White et Faire l’amour à Grégoire, de Julie-Anne Ranger-Beauregard. C’est un rendez-vous, à 20 h, O Patro Vys, où l’ambiance est plus torride de jour en jour. Restez décents, mais habillez-vous légèrement!

Crédits photos : Thomas Bilodeau-Blain

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