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Clotaire Rapaille : l’opéra rock, ou comment soigner votre gueule de bois électorale

Rachel Gamache
4 mai 2011

Alors que le Québec constatait depuis à peine 24 h sa toute nouvelle couleur, l’opéra rock imaginé par Navet confit, Olivier Morin et Guillaume Tremblay, présenté hier au Jamais lu, nous a transporté en 2045 dans une province souveraine, mais égarée, faisant appel au « code » de nul autre que Clotaire Rapaille pour se sortir de l’inertie.

« Comment vas-tu résumer ÇA?!? »

Eh bien! C’est très simple. Le Québec souverain des années 2040 est divisé en provinces (Sherbrooke, Victoriaville, Drummondville, etc.) chacune régie par un gouverneur en manque de projet. C’est alors que le gouverneur de Sherbrooke reçoit par fax un document intitulé « Le code » envoyé par nul autre que Clotaire Rapaille, qui apparaît comme par enchantement, et qui propose, au grand bonheur des Sherbrookois, de les réconcilier avec leur subconscient. Le changement se met en branle et la ferveur Rapaillienne contamine bientôt tout le pays, réglant au passage le vieux conflit sur l’origine de la poutine qui opposent depuis toujours les provinces de Drummond’ et Victo’, en faisant de l’une, la nouvelle Hong Kong, et de l’autre, Victoriavillopolis, une ville robotisée où les voitures volent. Clotaire parviendra-t-il à réconcilier Montréal et Québec? Rien n’est moins sûr puisque les auditeurs de Radio Q organisent une révolte et brûlent les Couche-tard avant de marcher sur Montréal. Après que la petite Chloé-Maude eut les jambes sectionnées par l’écrasement d’une voiture volante, Clotaire, à qui l’on demande d’expliquer les multiples catastrophes engendrées par ses projets, répond qu’il est « désolé » et choisit l’exil. Sa route le mène dans une ville de Québec désertée où il rencontre Gilles Vigneault, le maire Labeaume et… sa mère, Monique Côté! Clotaire sait maintenant que son destin est de sauver Montréal des révoltés de Radio Q, mais il se fait kidnapper. Les provinces s’unissent alors pour aller le sauver, parce qu’il est Québécois après tout! Morale de l’histoire : « le plus beau combat du monde, c’est un carnage par l’amour ».

Aucun doute : Navet Confit, Oliver Morin et Guillaume Tremblay ont bien saisi la teneur du psychodrame provoqué par la visite de cet arnaqueur de Clotaire Rapaille à Québec à l’hiver 2010. Chacun des traits ou des dires du psychanalyste en herbe a été repris avec emphase et dérision dans cette parodie où la démesure servait le burlesque à merveille. Au-delà de la caricature, on aura également compris que Clotaire Rapaille : l’opéra rock est une critique virulente à l’endroit de la bêtise, de la stupidité et de l’ignorance en général.

La mise en lecture de ce texte, qui demandait la présence de sept comédiens (Yannick Chapdelaine, Myriam Fournier, Olivier Morin, Virginie Morin, Martin Plouffe, Mathieu Quesnel et Guillaume Tremblay) et de quatre musiciens sur scène (Navet Confit, Vincent Blain, Étienne Rocheleau et Mathieu Vézio), représentait certainement un véritable défi pour Olivier Morin. La générosité et l’enthousiasme des interprètes l’ont emporté sur les quelques moments de cafouillage ayant provoqué davantage le rire que le malaise chez spectateurs.

Sans doute inspiré par le magnétisme de Serge Gainsbourg, Johnny Halliday et Jésus, Guillaume Tremblay incarnait un Clotaire Rapaille irrésistible et sexy, tandis que les autres comédiens  interprétaient tour à tour la quarantaine de voix et de personnages qui battaient le rythme de cette folle croisade.

J’aimerais pouvoir conclure en écrivant « prochainement à l’affiche dans un théâtre près de chez vous », mais ce n’est pas encore le cas. Toutefois, une rumeur circulait hier soir sur l’avenue du Mont-Royal : le spectacle serait déjà au programme de l’édition 2011 du Zoofest… À confirmer.

Vous en voulez encore? Oui! Gros french baveux en perspective aujourd’hui. Le programme débute à 13 h, aux Jeunesses musicales du Canada (305 avenue du Mont-Royal Est) avec Noeuds papillon, une pièce jeune public (10-12 ans) dans laquelle la langue de Marie-Ève Huot explore le ciel des aviateurs pour surmonter le deuil. À 20 h, O Patro Vys (356, avenue de Mont-Royal Est), la mise en lecture du texte Lol_ita de Catherine Levasseur-Therrien, qui revisite le mythe de la nymphette, sera suivie de celle de Tobacco d’André Gélineau, auteur très bien connu à Sherbrooke, une pièce nous transportant de révoltes adolescentes en dévotions pastorales.

Compte-rendu à suivre demain dans la langue de ma collègue Julie Ledoux.

Crédit photo : Thomas Blain

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