BangBang : bangbangblog.com

J'te vois dans mon livre

Billy, de Fabien Cloutier : quand les préjugés ont la vie dure

Rachel Gamache
7 mai 2011

« On s’est bien fait avoir! »

« Et on a aimé ça… »

Parce que les mots de Billy, présenté hier soir au Festival du jamais lu, nous ont charrié dans les paroles vides du père de Billy (Sébastien Leblanc), un fan de la UFC, puis à travers la hargne de la mère d’Alice (Catherine Larochelle) qui traite vivement ce parent attardé de B.S. pas propre. Persuadée qu’il n’était pas un bon parent, elle l’a suivi et s’inquiète maintenant qu’il ait laissé Billy à lui-même dans un char qui prend deux places de stationnement, à -27, un jour de tempête, la vitre même pas un petit peu ouverte, pendant qu’il prend son temps pour se goinfrer de beignes. Ailleurs, une femme rouspéteuse (Louise Bombardier) attend avec impatience que « son innocent » vienne poser son babillard afin qu’elle puisse y accrocher ses « ti-papiers avec ses tites pinouches ». Ces personnages décideront de parler et de dénoncer les injustices dont ils croient être victimes. Si le « drame » de la dame au babillard reste drôlement anodin du début à la fin, c’est qu’il tempère un coup de gueule qu’on pressent de minute en minute. La confrontation qui aura lieu entre le père de Billy et la mère d’Alice, renversera le sens de la pièce et laissera le spectateur abasourdi par la finesse de sa dramaturgie.

Évidemment, je ne vous raconterai pas le punch, mais vous dirai seulement qu’avec Billy, Fabien Cloutier mord à pleine bouche dans une réalité grinçante et extrêmement cynique où les individus sont esclaves de leurs préjugés. Et que – tel fut pris, qui croyait prendre – le spectateur n’évite pas non plus le piège de la présomption en se faisant avoir, autant que les personnages, au jeu d’esprit de l’auteur. Un texte intelligent, donc, et assez fort pour soutenir une mise en lecture sobre, mais efficace, Sylvain Bélanger ayant choisi de mettre l’accent sur la dynamique chorale du texte auquel les comédiens étaient entièrement dévoués.

Sortez vos mouchoirs! Car c’est aujourd’hui la dernière journée du Jamais lu. À 16 h, laissez-vous surprendre par le Petit bonhomme en papier carbone, une mise en lecture performance d’un nouveau texte de Francis Monty (mon favori) qui nous présente cette fois-ci Éthienne, le frère de Léon le nul, tentant un rapprochement pour ne pas se faire avaler par l’ombre de son père, un homme-vache. À 20 h, La langue dans le vinaigre, une soirée du type bien-cuit animée par Émilie Bibeau et Olivier Morin qui pousseront la chansonnette western, viendra clore les 10 ans du Festival. Ça se passe toujours dans l’antre du O Patro Vys, 356 avenue du Mont-Royal Est.

(« Je commençais à m’attacher. Je me demande ce que je vais bien pouvoir faire la semaine prochaine… »)

Pas encore de commentaire.

J'te vois dans mon livre

Rachel Gamache

La vie de poète c'est dangereux - Patrice Desbiens

Entrez en ma matière

RUBRIQUES