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J'te vois dans mon livre

Toutes des supers nanas! Temps d’agir aux éditions Planète rebelle — L’exposition Agir/Art des femmes en prison

Rachel Gamache
23 mai 2011

Mon passé n’est plus une autobiographie, mais un livre de référence que je peux consulter et prêter. Aujourd’hui, il me vient à l’esprit une très belle image, même si cette journée est sombre, comme ça arrive parfois, les étoiles n’en seront que plus brillantes plus tard. Ce jour-là, tout mon passé fera partie de moi parce qu’il est une clé et non un verrou. — Super Nana

Temps d’agir est le deuxième titre de la collection Traces, dirigée par Les filles électriques, publié aux éditions Planète rebelle. La compagnie à qui l’on doit notamment la production du Festival Voix d’Amériques a comme principal mandat de « créer et de diffuser des œuvres interdisciplinaires liées à la poésie, au spoken word et à la performance », et, par là, s’intéresse aussi aux voix émergentes et atypiques, dont celles des femmes en difficulté. Le projet Agir par l’imaginaire, une initiative de la Société Elizabeth Frye du Québec (SEFQ) et d’Engrenage noir/LEVIER, agissant auprès des femmes judiciarisées en leur permettant de participer à des ateliers de création artistique, avait de quoi les intéresser.

Ce livre avec CD est le résultat de deux années de travail avec 49 femmes et une dizaine d’artistes. Il se compose d’extraits d’œuvres réalisées dans plusieurs centres de détention à l’occasion d’ateliers de chants, d’autoportrait, de vidéo, d’acting, de photographie, de slam, de création sonore, de danse, d’animation stop motion et de création d’affiches-manifestes. Les artistes invités pour animer les ateliers y ont également ajouté leurs témoignages et leurs réflexions. Le projet est donc une prise de parole – bilingue, en l’occurrence – au moyen de la créativité, mais veut également engager un dialogue fondé sur l’idée de la réconciliation : celle des femmes envers elles-mêmes, de manière à retrouver l’estime de soi, la confiance et la fierté d’une part et, d’autre part, celle de la société envers les préjugés, les inégalités et l’injustice en lien avec l’incarcération.

« Derrière chaque histoire de prison, il y a une pauvre histoire » — Josée

Si certaines des femmes ayant eu le « privilège » – c’est le mot qu’elles utilisent – de participer au projet avaient déjà fait l’expérience de pratiques artistiques, d’autres ont pu apprendre à s’exprimer par ce moyen. Étant souvent liée à la criminalité et vécue par une majorité de femmes judiciarisées, la pauvreté (économique, sociale, physique, culturelle, émotionnelle, etc.) est le principal thème exploré à travers les différentes œuvres. L’emprisonnement et l’isolement qui en résulte représentent malheureusement un traumatisme, qui s’ajoute à la liste de nombreux autres déjà subis par ces femmes par le passé. Temps d’agir soulève donc des questions et relève des paradoxes préoccupants du genre « pourquoi il faut venir en prison pour avoir des services sociaux?! (Esther D., p. 37) ».

Graves et sensibles, les textes du recueil sont habités par des images simples, mais fortes. La majorité des voix se rallient à l’imagerie du diable et des enfers — « mon âme je venais de vendre/ (…)/ à une belle pute/ qu’on nomme Belzébuth (Geneviève, p. 58) » — de même qu’à celle du paradis — « Fuck l’ascenseur, à pied je monterai. Pour me départir de cette vie. Cette vie d’enfer. (Ange, p. 70-71) ». Sur le disque, on réentendra plusieurs des textes du recueil accompagnés tantôt par des rythmes expérimentaux, tantôt par un bon vieux blues. On retiendra surtout la couleur particulière des voix fortes, timides, hésitantes, cassées, graves ou douces, bref, des voix qui ont du vécu et dont les tonalités composent en grande partie la trame sonore des textes et des chansons.

En tant que témoignage, ce recueil tout à fait authentique nous pousse à réfléchir sur la place et la fonction de l’incarcération dans notre société et ouvre la voie à des alternatives. Temps d’agir est donc le résultat d’une démarche sincère et positive, un ouvrage « vrai » et inspirant qui secouera autant l’humain que le claustrophobe en vous. Tant mieux.

Temps d’agir (collectif) Montréal, Planète rebelle, coll. « Traces », 2011.

AGIR/Art des femmes en prison

L’exposition Agir/ Art des femmes en prison présente les œuvres audiovisuelles créées dans le cadre des ateliers Agir par l’imaginaire. L’exposition donne également lieu à trois tables rondes au sujet de l’art en prison, sur la situation et le passage des femmes incarcérées à la communauté, ainsi que sur les différentes alternatives à l’emprisonnement.

Agir/Art des femmes en prison, à la galerie Eastern Bloc, 7240 Clark, Montréal

www.expoagir.com

Plus!

Et ce qui devait arriver arriva : le projet Agir par l’imaginaire a porté ses fruits. Souhaitant « susciter une réflexion sur les liens entre la pauvreté, l’exclusion sociale et l’incarcération », deux des femmes ayant tiré profit des ateliers d’Agir ont créé le collectif Art Entr’Elles à leur sortie de pénitencier. Toujours sous le mode « atelier de création artistique », leur projet consiste à travailler avec des matériaux de seconde main dans le but de « “donner une deuxième chance” aux objets afin d’évoquer symboliquement, d’une part, la deuxième chance que demandent les femmes judiciarisées à la société, et d’autre part, la deuxième chance que ces femmes doivent également donner à la société ».

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