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J'te vois dans mon livre

Hommes et chiens confondus de Rose Eliceiry, aux Éditions de l’Écrou

Rachel Gamache
27 mai 2011

de toutes les batailles

je n’en choisis aucune

je cherche un présent habitable

je laisse l’horreur du monde

aux bons soins des anthropologues

j’attends seulement

des années sans hiver

où loger mes racoins perdus

- Rose Eliceiry

Les Éditions de l’Écrou récidivent une sixième fois en nous offrant de la bien belle et bonne poésie. On nous transporte cette fois-ci dans l’univers mi-ombre, mi-lumière du premier recueil de Rose Eliceiry. Hommes et chiens confondus est un récit d’errance, étrangement, celui d’une femme coincée dans l’embrasure d’une porte. Elle a en tête une image qui se déplie au fil des pages, qui traverse son corps – pas toujours très tendrement -, et qui finit par former un territoire à la mesure du cosmos : c’est par là qu’elle s’échappe, en quête de toutes sortes d’origines à retracer. Dans ce nouveau pays, elle retrouve entre autres le souvenir du corps de l’Autre, qui lui avait déjà dit qu’il reviendrait, une absence à parcourir et à combler pour lui redonner vie.

l’origine c’est l’enfance

après on a plus de pays

Explorant les souvenirs des années passées et les « peut-être » de celles à venir, de cette profusion d’images se dégage paradoxalement quelque chose de la pauvreté, du vide et de la dépossession de soi-même, la représentation d’un moment charnière où tout est à reconstruire. Rose Eliceiry le fait avec conviction, assumant tous les détails des tableaux qu’elle peint, dirait-on, sans jamais connaître un instant de répit. Son esprit vagabonde, se rebiffe, tourne en rond, revient sur ses pas, avance à la recherche d’un endroit où se poser, où habiter, puisqu’« il faudrait/pouvoir revenir quelque part/préparer le café », finalement, se reposer dans un peu de ce présent qu’on voudrait éternel.

Si, au départ, le lecteur a lui aussi l’impression d’errer, ce sentiment s’estompe bien vite au profit d’une curiosité qui se renouvelle d’une page à l’autre. Les jeux entre le réel et le surréel sont rarement totalement hermétiques et la poète ne nous abandonne jamais en cours de route. La récurrence de certaines images et l’écho de phrases reformulées et redéfinies créent d’importantes passerelles de sens. Comme un chien ronge son os, avec une pointe de rage, un soupçon de hargne et beaucoup d’amour, Rose Eliceiry a désossé ses images jusqu’à la moelle. On la lit comme on respire.

Rose Eliceiry, Hommes et chiens confondus, Éditions de l’écrou, 2011.

Parce qu’il faut entretenir votre mécanique

* Les Éditions de l’Écrou sont présentes sous le chapiteau de la place Gérald-Godin au Festival de la poésie jusqu’au 29 mai. Sa quincaillerie de poètes s’y commet en lecture aujourd’hui même!

Lecture Les Éditions de l’Écrou, vendredi 27 mai, à 17h, sous le chapiteau de la place Gérald-Godin, avec les poètes Virginie Beauregard D., Shawn Cotton, Daniel Leblanc-Poirier, Marjolaine Beauchamp, Rose Eliceiry et Jean-Philippe Tremblay

* Si vous pensez qu’il vous manque encore une bolt (chez moi par exemple, c’est un problème récurrent), l’Écrou lance un autre livre en fin de semaine. Transformez votre Festival de la poésie en Carnaval divers, le samedi 28 mai en assistant au lancement-spectacle du premier recueil de Jean-Philippe Tremblay.

Lancement-spectacle de Carnaval divers, de Jean-Philippe Tremblay, le samedi 28 mai, à partir de 17h, au Quai des brumes, avec Géraldine et Navet Confit au fuzz et aux chansons, entrée libre, 10 $ livre + consommation


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