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J'te vois dans mon livre

Carnavals divers de Jean-Philippe Tremblay, aux Éditions de l’Écrou

Rachel Gamache
3 juin 2011

bipolaires à batteries écartelés entre tuer le temps et ne

pas mourir d’ennui dans le dégoût des jours égaux à dé-

border dans des moiteurs fauves qui crépitent à renforts

de toutes les textures d’apparences s’improviser des squats

d’intimités de circonstances petits carnavals divers avec

toujours jamais la même histoire d’incontinence des nerfs

cette mémoire des odeurs et la curiosité de voir comment

cette fois ça va s’écraser

- Jean-Philippe Tremblay

J’espère que vous avez arrêté de fumer récemment parce que vous allez avoir besoin d’air pour suivre la parade de Carnavals divers. On pourra s’amuser, comme les Éditions de l’Écrou, à prononcer le titre à l’anglaise (Cârnavâwlzzz Diveuwrzzz) afin d’éviter un jeu de mots trop facile, cela ne nous empêchera pas de plonger tête première – divers, la pognez-vous? – et de nous noyer, ou presque, dans le spectacle frénétique de l’époque. Critique et sournoisement ironique, la grande mascarade contemporaine décrite dans le premier recueil de Jean-Philippe Tremblay donne lieu à une lecture difficile, mais extrêmement stimulante, le tout en faisant un maximum de bruit. Bienvenu sur le dancefloor de l’excès!

(l’ambiance

c’est ce qu’il reste

quand il ne se passe

rien)

Divisé en trois parties, le recueil recense dans les deux premières (ILS et NOUS) les ambiances d’un « ici » qui, à l’image de l’agitation de l’Amérique, s’apprête à toutes les sauces et devient peu à peu incontrôlable. Pour définir le vide de cet exubérant défilé de spectres envoutés par la télé, les hypermarchés, les centres d’achats, bref, par la consommation dans tous les sens et toutes les positions du terme, il ne reste sans doute plus que les mots. Le poète nous les lance en blocs. Des masses compactes s’écrasent lourdement sur les pages et on doit les avaler cul sec : point de virgules dans un monde oppressant, Jean-Philippe Tremblay le sait, paraît qu’il doit parfois rappeler personnellement à ses poumons de respirer.

À force de subir cette débauche de stimuli auxquels se mêle bientôt la sensation inquiétante d’être à la fois l’observateur et l’observé, le lecteur se retrouve titubant, « tellement soul de tout », éreinté et distrait; il croit sombrer pour de bon dans les eaux pailletées de l’Amérique. Sommes-nous en train de devenir fous? Non. Les pétards de cette fête perpétuelle explosent pour de bon aux alentours délirants de la page 61, lorsque même « les poules sont dans le coup ». Au troisième et dernier acte du recueil (TU), la lumière assommante des néons se tamise enfin, l’Amérique rentre chez elle et se démaquille dans les vestiges de son intimité. Et puis il y a ce vers, « reste sobre ne t’écroule pas », comme une prière haletante qui nous ramasse à la petite cuillère.

Je resterai sobre. Promis.

Jean-Philippe Tremblay, Carnavals divers, Montréal, Éditions de l’Écrou, 2011.

www. lecrou.com

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