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Zombies modernes – «La nuit des morts-vivants» de François Blais

Rachel Gamache
17 juin 2011

Non, ce n’est pas l’Halloween, mais presque : c’est La nuit des morts-vivants de François Blais. Pas besoin de déguisements cependant, l’auteur qui a fait paraître son cinquième roman à L’instant même aime vêtir sa mascarade de réalisme, et promener ses personnages noctambules dans le décor des rues désertes de Grand-Mère, théâtre des rendez-vous manqués avec le Destin.

Ce roman nous rappellera donc avec bonheur les héros pathétiques d’Iphigénie en Haute-Ville en mettant en scène un nouveau couple. Cette fois-ci, les personnages de François Blais écrivent toujours, mais chacun de leur côté, en expliquant qu’ils sont rémunérés pour le faire sans que l’on connaisse l’identité de leur employeur : ils écrivent donc pour faire de l’argent. Ma foi! C’est une idée assez originale par les temps qui courent, mais rappelez-vous que dans une œuvre de fiction, tout est possible. Pavel (nom fictif) et Molie ont été mandatés pour raconter leur quotidien et rien d’autre, un quotidien plutôt plat, mais marginal si on le compare à une certaine idée de la normalité. Souvenirs, potinage et amourettes rythmé par la location compulsive de vieux films de peur et les heures passées à jouer aux jeux vidéos. Pavel et Molie sont allés au secondaire ensemble, vivent tous les deux la nuit – Pavel est employé de nuit à Maintenance des chutes et Molie ne sort jamais le jour puisqu’elle est asociale et « quasi sociopathe » -, ils utilisent les mêmes expressions, pensent à peu de chose près les mêmes choses aux mêmes moments et finissent par avoir en main l’exemplaire du même livre, Middlemarch, de George Eliot. Ce livre raconte le quotidien très provincial et réaliste des habitants d’une petite ville de l’Angleterre victorienne… Vous l’aurez compris, par endroits, ça frôle la parodie, et c’est savoureux.

À l’instar du concept de la poutine théorique (!), c’est-à-dire que, selon Pavel, sur la centaine de variétés de poutine disponibles sur le marché, certaines combinaisons restent « impensables » (« sans blague, qui irait commander une poutine italienne avec pastrami poulet poivrons bacon et saucisse à moins d’être fatigué de vivre » explique Molie), nos deux oiseaux de nuit forment bel et bien des âmes sœurs théoriques puisqu’ils ne se rencontreront jamais, du moins, pas au cours de ce roman-ci.

François Blais a le chic pour raconter l’histoire des gens qui n’en ont pas. Ce roman comporte certainement un deuxième degré de lecture, plus sombre et peut-être plus critique envers la vacuité de nos existences, où l’on pourrait s’attarder sur la solitude, l’isolement et les multiples ratages de ce couple de zombies modernes. Cette lecture reste toutefois difficile à dégager proprement du petit ton moqueur et dérisoire de l’auteur, un style enthousiaste sans lequel Molie et Pavel seraient abandonnés à leur insignifiance. On préférera donc rire plutôt que pleurer sur leur sort.

François Blais, La nuit des morts-vivants, L’Instant même, 2011.

 Pour en lire un extrait, c’est ici.

2 commentaires
  • Éric Dumais
    19 juin 2011

    Merci Rachel de laisser une place prépondérante à la littérature sur ton blogue! Ça fait du bien! Et merci pour la suggestion lecture, je trouverai bien une minute ou deux pour me faire croquer la face par un zombie!

  • Rachel Gamache
    19 juin 2011

    Ça fait plaisir!

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