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J'te vois dans mon livre

Le grand méchant changement – Joueur_1 de Douglas Coupland

Rachel Gamache
17 octobre 2011

C’est très apaisant d’écouter les histoires des autres. Quand quelqu’un nous raconte une histoire, il détourne le narrateur qui vit dans notre tête. C’est ce qui se rapproche le plus de voir à travers les yeux d’une autre personne.

Dans Joueur_1, l’auteur canadien Douglas Coupland, qu’on a connu grâce à son best-seller Generation X qui pointait les caractéristiques sociales de la génération du même nom, met en scène quatre personnages se trouvant tous à un moment charnière de leur existence. Karen, une mère célibataire dans la quarantaine prend l’avion de Winnipeg pour rencontrer Warren, un homme dont elle a fait connaissance sur le web, à Toronto, au bar d’un hôtel miteux à proximité de l’aéroport. Assis au comptoir de ce bar, il y a Luke, un pasteur nouvellement athée, qui s’est enfui avec tout le contenu du compte en banque de sa paroisse. Au poste Internet se trouve Rachel, aussi belle qu’incapable de ressentir une émotion : elle est en quête d’un mâle reproducteur pour prouver qu’elle est humaine à son père qui en doute. Derrière le comptoir, Rick, un alcoolique recyclé barman après s’être fait volé tout son matériel d’aménagement paysager, cherche à donner un nouveau tournant à sa vie en adoptant la méthode de séminaire Power Dynamics, dont le leader est un escroc…

On peut penser qu’avec une telle amorce le roman de Coupland nous servira des banalités aussi aliénées que ses personnages, mais ce serait sans compter la crise du pétrole – le prix du baril passe en quelque minutes à plus de 350 $, ça vous donne une idée du bordel que cette situation peut générer – qui placera tout ce beau monde dans un sombre huis clos ontologique. Qu’adviendra-t-il de nous? C’est ce que se demandent les quatre personnages dans ce récit qui ne dure que cinq heures pendant lesquelles tout ce qu’ils connaissent est réduit à néant. Joueur_1 est moins un roman d’anticipation qu’un prétexte pour réfléchir sur les relations des êtres humains les uns avec les autres, sur ces moments de partage particuliers où l’Autre, par la création, la musique, les arts ou les histoires, parvient à exister en nous, sur le temps qui passe trop vite et auquel nous sommes tous assujettis et sur la quasi-impossibilité de croire en quoi que ce soit, sauf peut-être aux possibles que peut offrir une vie nouvelle à tout point de vue. Rien de très très rassurant pour les humains… À lire si vous n’avez pas peur de l’inconnu.

Douglas Coupland, Joueur_1, Montréal, Hurtubise, 2011.

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