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Un hiver au P’tit Hippolyte, de Paul Grégoire

Rachel Gamache
5 janvier 2012

Je n’ai jamais été d’accord avec les appellations soustractives comme sans-abri, non-voyant, non-fumeur. Je n’aime pas être défini par quelque chose qui me manque. [...] À croire que notre vie à nous se limite à ce que l’on n’a pas. « Homme de la rue », ce serait bien. Car quoi qu’on en dise, la rue nous appartient.

« Lu et approuvé par les itinérants », voilà ce qu’on peut lire sur le bandeau d’Un hiver au P’tit Hippolyte dans lequel Paul Grégoire prête sa voix de romancier à un « Homme de la rue », personnage anonyme et sagace qui nous trimballera avec lui jusqu’au bout de l’hiver. Sans-abri, oui, mais pas au pied de la lettre, on pourrait bien le qualifier d’itinérant « de passage », puisqu’il a cette « chance » que d’autres n’ont pas, celle d’habiter l’une des six minuscules chambres pas toujours chauffées qui sentent le push-push à coquerelles au-dessus d’une taverne douteuse du centre-ville. En échange, le concierge de la maison de chambres saisit son chèque de B.S. Ses voisins de pallier, le « Père Vert », FTW (Fuck the World), Béate, Steph-y-cut, et Marcel partagent à peu de chose près le même sort, mais pour en rire un peu, ils ont surnommé l’endroit le « P’tit Hippolyte », en référence bien sûr au pavillon de psychiatrie de l’hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine.

Le tableau, réaliste, n’a absolument rien de réjouissant, bien que le roman, lui, nous gagne à coup sûr. Portant un regard critique parfois très acide sur notre société de consommation tout en accentuant ses paradoxes, l’incursion romanesque de Grégoire dans l’univers marginal de l’itinérance et le portrait qu’il en fait pique notre curiosité sans quêter notre pitié ou notre compassion à tout prix. J’ai plutôt eu l’impression qu’on cherchait mon oreille… Alors j’ai écouté. Un excellent roman qui ne manque pas de lucidité et qui nous parle vrai sans nous accuser… ni nous excuser.

Paul Grégoire, Un hiver au P’tit Hippolyte, Montréal, Hurtubise, 2011.

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