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J'te vois dans mon livreLes débuts de Loretta, ou comment faire d’une pierre deux coups (ma façon…)Rachel Gamache28 janvier 2012
Comment faire d’une pierre deux coups ? En allant voir une production de Til.T, une jeune compagnie de chez nous ayant fait ses marques l’an dernier avec la pièce Moribonds et le Laboratoire Camus, et en faisant l’heureuse découverte de George F. Walker, dramaturge ontarien auteur de la pièce Les débuts de Loretta, à l’affiche ces jours-ci à la Salle intime du Théâtre Prospero. « Mes possibilités, c’est tout ce que j’ai », nous dit Loretta (Isabelle Duchesneau) au tout début de la pièce. Cette jeune femme un peu naïve a fui divers conflits familiaux et se retrouve dans une mauvaise chambre d’hôtel avec la possibilité d’aller faire fortune à Tokyo. Dans quel secteur? On hésite… En même temps qu’elle, on croira très fort au mannequinat. On redoutera que Dave (Mickaël Lamoureux), son pseudo amoureux jaloux-possessif, gâche tout en faisant une crise à Michaël (Christian E. Roy), le contact de Laurie pour Tokyo, alors qu’il tente de la rejoindre au téléphone. On découvrira que les possibilités de Loretta sont bien minces lorsque ce manipulateur de Michael lui avouera avec un tact maladroit que le projet est tombé à l’eau et que, pour elle, mais surtout pour son physique bandant « qui vient d’icitte et qui devrait rester icitte », il a d’autres projets beaucoup moins prestigieux, mais beaucoup plus payant, si vous voyez ce que je veux dire. La chambre d’hôtel, une structure en bois aux murs transparents, qu’on aura pris soin de déménager sur scène, devient le théâtre pathétique des démarches infructueuses d’une Loretta désabusée et tourmentée d’une part par la querelle de coqs permanente entre Dave et Michaël, et d’autre part par les échos persistants d’un passé trouble qu’elle souhaiterait oublier. Elle trouvera un drôle de réconfort auprès de Sophia (Joëlle Paré-Beaulieu), une femme de ménage étudiante en physique (!) aux propos délirants. Russe, ce personnage traîne avec elle une nostalgie qui, bien que stéréotypée, a pour effet de mettre l’accent sur la tristesse et l’absurdité des raisons qui expliquent leurs malheurs respectifs. La pièce de Walker frôle le burlesque quand elle n’y plonge pas totalement. Mais c’est d’un burlesque bien noir dont il s’agit et sur lequel le théâtre Til.T a mis l’accent. Sonneries de téléphone récurrentes, coups frappés sans cesse à la porte, enlèvements et autres situations théâtrales loufoques et caricaturées ont beau nous rappeler à la comédie et alléger l’atmosphère, l’ambiance verte parasitée par le grésillement des néons en sourdine participe à la généralisation d’un étouffement de plus en plus pesant. Adieu, possibilités… La mise en scène de Sébastien Gauthier ne souffrira pourtant pas des tourments que subissent les personnages. L’action n’est jamais entravée par le décor exigu qu’on nous propose et qui laisse finalement toute la place (autrement dit, beaucoup de possibilités) au jeu complice des comédiens. Ce sont les contrastes qui rendent la pièce de Walker si vivante et authentique et Tilt.T nous l’a montée et interprétée avec la justesse qu’il fallait pour les mettre en valeur, provoquer le rire et le malaise à la fois et, à la fin, laisser son spectateur un peu triste, mais surtout ravi. Les débuts de Loretta, de George F. Walker, dans une traduction (qui ne manque pas de naturel) de Maryse Warda
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