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L’écriture comme mode de vie : Les écureuils sont des sans-abri, de Simon Girard

Rachel Gamache
1 février 2012

J’ai loué ce trou pour un mois parce que je n’ai pas encore osé me pointer dans un refuge pour sans-abri. J’ai peur que les employés me posent des questions : «T’as vraiment pas d’autre place où rester? C’est ton dernier recours?» Et j’ai surtout peur d’être trop franc et finir par leur dire la vérité, comme au bureau de l’aide sociale : « Mon plan c’est de vivre de mon écriture ou pas du tout… en tout cas, le moins possible. »

Toi, l’artiste ? Qu’arriverait-il si tu décidais de vivre de ton art envers et contre tous ? Peut-être la même chose qu’au personnage de Simon Girard dans Les écureuils sont des sans-abri : tu mangerais tes croûtes, au sens propre et figuré, entre deux séjours d’études cliniques. C’est pourtant le pari que l’auteur nous propose de tenir dans ce roman où il semble en proie à une obsession plus créative que maladive : celle de vivre pour écrire, et vice versa. En voilà une idée marginale!

Les différents chapitres de cette croisade, dont on devine la part autobiographique, racontent une série d’événements du quotidien d’un personnage qui mettra sa réalité au défi de l’écriture et qui ne manquera pas d’idées ni d’inspiration pour mener à bien sa mission. L’hiver ne l’empêchera pas de partir à pied pour traverser le Canada avec des exemplaires d’un de ses romans plein son sac à dos pour les vendre en chemin, quitte à faire demi-tour, squatter chez des connaissances, y boire tout son sou, partir par hasard dans le Sud avec une inconnue, revenir à Montréal y vendre de pauvres sandwichs dans les bars pour finalement se retrouver sur le seuil d’un refuge pour sans-abri. Paradoxalement, on se surprend à douter du temps qu’il prend réellement pour écrire la fameuse biographie à laquelle il fait sans cesse référence au sujet d’un homme qui sauve des vies… Ceci sans compter ces cinq histoires d’écureuils, morts ou voués à une mort certaine, qui ponctuent le roman. Devraient-on en déduire que la situation de l’écrivain est semblable à celle des écureuils ? L’écrivain : vermine ou animal totem ? Au-delà de ces intermèdes étranges et de récits qui semblent parfois nous donner la recette idéale pour sombrer dans une débauche certaine, Simon Girard raconte avec la vivacité propre aux passionnés ces moments inusités où, dans la vie d’écrivain, tout devient écriture. Son style prompt et agité de même que sa production littéraire – il signe quatre livres dont trois romans en cinq ans – nous prouvera d’ailleurs son enthousiasme inaltérable à l’endroit de son métier. Heureusement, et contrairement à la plupart des écureuils qui croisent son chemin, notre écrivain ne meurt pas à la fin de ce roman qu’il faut lire jusqu’à la dernière page…

Un petit extrait, c’est ici !

Simon Girard, Les écureuils sont des sans-abri, Montréal, Coups de tête, 2011.

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