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J'te vois dans mon livre« vous ne comprenez pas la porte? imaginez la ouverte » – Comme Faux, de Carl BessetteRachel Gamache28 mars 2012
Il est vrai qu’en prononçant Comme faux on entend aussi « comme il faut »… C’est mêlant. Mais, tant qu’à hésiter sur le sens qu’on voudra donner au titre, mieux vaut commencer par avaler le « il », quitte à le recracher plus tard, lorsque les masques seront tombés. C’est peut-être ce qu’a souhaité nous dire Carl Bessette dans son premier recueil de poésie paru à L’Écrou il y a quelques semaines et dans lequel les poèmes se déclinent comme une multitude de séjours passés à explorer l’envers et l’endroit de son décor. Et, je vous avertis, c’est grand chez lui, c’est fixé en marge des nations / dans les limbes de l’appartenance. Le poète se dit né au Voyage, avec une majuscule, comme s’il s’agissait d’un pays. Ses poèmes partent à l’aventure, rapatrient toutes sortes de souvenirs d’enfances, d’amours, de voyages et d’envies de meurtre et donnent ainsi une dimension bien personnelle au recueil sans jamais qu’il ne se replie sur lui-même. On a plutôt le sentiment que Carl Bessette est en train d’« essayer le Monde » en jouant dedans autant qu’en l’observant, que l’habit ne lui va pas toujours bien, mais qu’il n’a pas vraiment le choix de le porter puisqu’en fin de compte, il est greffé à sa peau. À travers son écriture, on reconnaîtra donc un Québec qui préfère confronter ses fantômes plutôt que les louanger, l’Amérique dans tout ce qu’elle a de contradictoire, de cosmopolite et de jazzé, les ambiances de l’Inde, de l’Asie, du Honduras, leurs idoles politiques, religieuses, artistiques, autant de choses à aimer qu’à rejeter, et à aimer rejeter. Le poète longera tous les murs qu’il rencontre jusqu’à trouver leur faille et les faire s’effondrer. Puis, quand tout aura été énuméré, observé, passé au crible, radiographié et que l’on se sentira un peu plus à l’aise dans le costume bigarré du monde, d’autres poèmes plus transparents apparaîtront sans prévenir, comme des aveux désarmants, des secrets enfin révélés, mis à nu. Cette tension amoureuse où distance et appartenance marchent main dans la main, et à laquelle participe l’architecture même des poèmes en nous offrant sans cesse un double sens, donnera le ton à tout le recueil. au début on était magnifiques à la fin on était
comme au début. Cul-de-sac ou issue? Inquiétant ou rassurant? Vous m’en redonnerez des nouvelles. Je préfère imaginer la porte ouverte. Et vous feriez bien d’entrer chez Carl Bessette. Il vous surprendra avec un dernier vers coup de fouet, bouclera la boucle sans vous prévenir, pour mieux vous ramener au début du voyage, du poème, et vous donnera parfois une douce leçon d’humour, ou d’ironie. Alors, vous entendrez ce sourire en coin qu’il a dans la voix, peut-être même cette petite intonation à la Qui aime bien châtie bien, et vous prierez fort pour qu’il ne se taise jamais. Comme Faux, Carl Bessette, L’Écrou, 2012. JE VEUX ÊTRE MUET
un jour on aura mil ans et je pourrai tout t’expliquer le nom propre le torse la sainteté la démence l’exploit le mince l’immense et les mots lorsqu’ils commencent
à l’heure où le soleil s’étale en un salut semblable à la chute qui n’arrive jamais que pour les autres vieux jazzmen extraordinaires l’espoir à côté
disons que la lumière a l’effet d’un hiatus
et ça parle et ça rit et ça chante et ça cri dans le silence armé du bonheur soutenu par un Atlas atteint et froissé
les vers pleuvent autant de mirages
avec tiens un doux parfum de life goes on
et j’ai autant à dire que peu envie de parler
je veux être muet
comme un verbe infinitif comme on déplace un centre comme on savoure un aveu comme on ressent le poids du monde avec l’envie souriante de vous souhaiter un secret qui te soit un récif suffisant pour parler l’image est seule
l’impossible certain.
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