BangBang : bangbangblog.com

J'te vois dans mon livre

Le Jamais Lu : c’est parti !

Rachel Gamache
5 mai 2012

Jean-François Nadeau, codirecteur artistique, a scié sa cravate

C’est en sciant sa cravate que Jean-François Nadeau a inauguré hier soir la 11e édition du Festival du Jamais Lu. Ce geste inspirant, fort sans être violent, pied de nez au décorum, à la bienséance et à l’obéissance allait également s’avérer être la promesse d’une soirée où l’on refuse, encore et toujours, de se faire cravater. Pari tenu.

Norman Canac-Marquis, Justin Laramée, Jean-Philippe Lehoux, Anne-Marie Olivier, Julie-Anne Ranger-Beauregard, et Madeleine Péloquin – digne représentante de Marcelle Dubois sur scène -, sous la gouverne de Louis Champagne, ont ouvert le bal avec Lettres ouvertes/Poings fermés, une soirée « d’indignation joyeuse » à saveur politique. De quoi être inspiré, surtout par les temps qui courent. À cet effet, les lettres qu’on nous a lues semblaient avoir été écrites sur le vif et étaient marquées du sceau de l’originalité. Cette grande célébration de la prise de parole a donné lieu à un chœur varié, où les mots plus personnels des auteurs se mariaient à la voix de personnages inventés, témoins fictifs de problématiques réelles. Comme celle de ce fameux cultivateur de navet dont la terre se trouve à Guyenne, perdue au Nord, presque oublié, écrivant à notre cher premier ministre, l’invitant à réfléchir l’oligopole dont il est victime, les deux pieds dans la terre du Nord… Ou bien la voix de l’abject, des préjugés et de l’ignorance qui scande « Mario! » à tout bout de champ, comme un désespéré et désespérant appel à l’aide, puis la voix citoyenne, ferme, celle qui marche depuis plus de trois mois et refuse de se taire, ou encore les multiples voix intergénérationnelles des parents à leurs enfants et vice versa, des artistes d’aujourd’hui aux artistes disparus, questionnant leur héritage. La question de la souveraineté a été soulevée brillamment par Jean-Philippe Lehoux, dans une lettre adressée à son père, qui lui demande de lui promettre que le Québec ne sera pas mis à feu et à sang, à l’image du massacre de Srebrenica,  en cas d’une éventuelle indépendance…

Pour soutenir la lecture de ces lettres frénétiques, nuancées par l’espoir et/ou le désarroi et toujours bouillantes de lucidité – et puisque le Théâtre Aux Écuries permet désormais au Jamais lu d’occuper une scène de plus de possibles –, on a fait appel à Julie Vallée-Léger à la scénographie. Outre les traditionnels et nécessaires micros et lutrins, la scène a été investie de différents espaces d’écriture où prendre parole : une grande table et des chaises pour se rassembler, discuter et s’écouter les uns les autres, un pupitre retiré et éclairé de quelques lampions, un fauteuil et une lampe pour la lecture de lettres qu’on aurait dit plus personnelles. Les éclairages de Mathieu Marcil ont contribué à relever ces univers chaleureux, intimes et tamisés sans jamais hésiter à les casser de lumière blanche lorsqu’on y prenait soudainement la parole. Sur scène, les musiciens Jean-Claude Marsan et Mario Légaré accompagnaient les lecteurs et assuraient les transitions pour livrer ainsi un spectacle sans temps morts.

Julie-Anne Ranger-Beauregard

« Rêve donc de toi un peu » – Justin Laramée dans Lettre aux jeunes hommes

On se souviendra donc d’avoir passé une excellente soirée, d’avoir assisté à un spectacle extrêmement bien orchestré et accessible. On a ri et grimacé, on s’est même moqué de Scott Gomez. Au cœur de la prise de parole de ces lettres partisanes du gros bon sens, derrière le rire et sous ce que l’humour sarcastique peut contenir de légèreté, on se rappellera également d’avoir entendu les voix d’un Québec aussi réveillé qu’abruti, désorganisé, déséquilibré par la poche pleine de rêves et de désillusions qu’il traîne depuis longtemps, parfois même à bout de souffle, mais qui ne s’est pas encore couché : après une soirée comme celle d’hier au Jamais lu, on ne devrait plus jamais douter du fait que ce soit la langue qui le fasse encore se tenir debout.

Et de cette parole vive, le Jamais lu vous propose de vous en abreuver toute la semaine. La fête se poursuit dès ce soir à 20h avec Plaza, un texte écrit et mis en lecture par Emmanuelle Jimenez. Gary Boudreault, Amélie Chérubin-Soulières, Éveline Gélinas, Emmanuelle Jimenez, Pierre Limoges et Lénie Scoffiée et l’auteure elle-même prêteront leur voix aux personnages multicolores ayant pour toute forêt la Plaza Côte-des-Neiges… Paraît qu’il y aura le feu du big bang et qu’on fera exploser des parfums Guerlain dans un jardin d’Outremont !

11e FESTIVAL DU JAMAIS LU

Du 4 au 11 mai 2012

Théâtre Aux Écuries

7285 rue Chabot, métro Fabre

jamaislu.com

Billetterie : 514-328-7437

CRÉDIT PHOTO : THOMAS BLAIN

Pas encore de commentaire. Laisser un commentaire

J'te vois dans mon livre

Rachel Gamache

La vie de poète c'est dangereux - Patrice Desbiens

Entrez en ma matière

RUBRIQUES

Syndication RSS

BLOGUE
COMMENTAIRES
iweb